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Voyage en développement personnel


Le développement personnel a aujourd’hui sa place au sein de l’entreprise au même titre que la formation, le conseil ou les actions de prévention des risques psychosociaux. De nombreux parcours de formation, souvent qualifiants, proposent des programmes séduisants et d'une grande fécondité d'après les témoignages enthousiastes des participants qui restent durablement attachés au langage de l'outil. Qu'il s'agisse d'analyse transactionnelle, de PNL, d'énnéagramme, de Process communication ou de méthode Espere, tous contiennent, peu ou prou, comme une promesse de meilleur management de soi. Le monde du travail nous y invite : être assertif, neutre, confiant, bienveillant... Aujourd'hui, ce ne sont pas seulement les compétences qui sont évaluées mais la personnalité toute entière. C'est une façon singulière d'être au monde, selon l'expression du philosophe allemand Heiddeger, qui est prônée. L'individu est supposé aspirer à ce bon usage de soi par soi.

Un voyage récent dans l'un de ces programmes m'a ouvert à quelques interrogations sur les dynamiques à l'œuvre dans ces groupes. Celles-ci sont assez proches des thérapies de groupe des années 70, ce qui, à mes yeux, ne les déshonorent en rien. Elles soulèvent toutefois des questions qui intéressent le psychologue du travail : quel modèle d'individu au travail et quel type de compétence le développement personnel cherche-t-il à promouvoir ?


De quoi est-il question dans ces formations ?

Il y est question de récit de soi. C'est la modalité d'engagement dans « l'aventure », « le voyage » ces termes indiquant bien qu'il y a un point de départ et un point d'arrivée : se réconcilier, changer, s'apprivoiser, faire re-naître ou exister la « belle personne » qui est en nous.

Il y est question d'évaluation. Elle est une affaire de groupe. Chacun est confronté au regard et aux critiques des participants. L'évaluation des progressions personnelles s'effectue par des regards croisés et des co-visions.

Il y est question de légendes. Ce sont les témoignages des personnes qui donnent à entendre les bénéfices de leur cheminement. « J'étais une femme violente... » commence la co-animatrice d'une session de stage.

Il y est question de louanges. Les jugements positifs sont le ciment d'une forme de fidélité que se voue le groupe. Chacun est amené à en proférer, à en recevoir. On s'entr'évalue dans un climat de « bienveillance », si possible. Chacun est un peu le thérapeute de l'autre, observe et partage ses « progrès », jusqu'à parfois se sentir investi d'une valeur thérapeutique. Les nombreuses séquences de gestion émotionnelle qui ponctuent la formation, favorisent ce ressenti.

On y parle de vertus, de forces, de passions, de pulsions. On identifie sa blessure originelle. On traque les fixations, les compulsions, les automatismes, les mécanismes de défense. On recherche l'essence. On consulte son observateur intérieur, souvent. On pratique l'auto évaluation, beaucoup.

En fin de parcours, les épreuves de validation auxquels est soumis le participant doivent fournir la preuve de compétences d'auto contrôle, de gestion de ses émotions, de maîtrise, de puissance personnelle restaurée. Dans cette gestion de soi à laquelle nous invite le développement personnel, tout se passe comme si l'individu devait avant tout compter sur ses ressources propres, émotionnelles et cognitives, face aux difficultés du travail.


Ces démarches de développement personnel entendent contribuer à une pacification des rapports de travail par le management de soi. C'est sans doute bien nécessaire aujourd'hui. Car, en dépit des politiques internes de préventions des risques psychosociaux, les relations de travail restent sous-tendues par une violence à peine symbolique que le management a du mal à gérer...quand il n'est pas lui-même pris dans cette violence. On peut toutefois se demander si cette invitation à la gestion de soi n'est pas trop prompte à individualiser des problématiques organisationnelles et si, dans les cas où ce travail sur soi est insuffisant, elle ne contribue pas au contraire à générer un sentiment de culpabilité, de détresse, de solitude abyssale lorsque la personne se trouve aux prises avec des problématiques professionnelles destructrices qui ne dépendent pas d'elle.


Christiane Rumillat, 12 novembre 2017

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